Pierre PUVIS de CHAVANNES, un pro Europe avant l’heure ?

Visiter un musée, c’est un peu visiter un pays. Il est bien utopique de vouloir en faire le tour dès la première visite ! J’aime à me laisser porter par l’intuition et laisser un tableau, une sculpture, une photo capter mon attention, la retenir, me retenir. De la même façon que j’aime découvrir une ville nouvelle le nez au vent au gré de mon inspiration.

Revenir dans un musée, c’est comme un retour au pays. J’y retrouve des connaissances, des paysages, des décors et des atmosphères familières. C’est aussi une opportunité de franchir le cap de la perception et de rentrer dans l’intimité d’une situation ; ou de la redécouvrir à la lumière de la sensibilité du moment.

C’est ce que j’ai ressenti face au triptyque de PUVIS de CHAVANNES « La Vigilance », « L’Histoire » et « Le Recueillement » au Musée d’ORSAY. Tout imprégné de mon désir d’Europe, j’ai eu l’impression de redécouvrir cette composition. L’œil encore frappé par la sévérité de tableaux « Le Pigeon » et « Le Ballon », témoignages puissants de situations de guerre, la douceur des trois allégories ne peut laisser insensible.

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 Cette situation nous replace très exactement dans le contexte de la fondation de la Communauté Européenne. Au lendemain de la guerre, il fallait être bien utopique pour inviter les ennemis d’hier à mettre en commun leurs capacités de production guerrière. Utopiques et cependant réalistes. Plus réalistes en tout cas, que ceux qui clamaient en aout 1914 que cette guerre serait la « der des der ». Réalistes comme le sont les symboles représentés par PUVIS de CHAVANNE.

« L’Histoire », la connaissance de nos origines, des nos existences passées. De l’Histoire nait la compréhension des relations humaines, et, partant de là, des relations intercommunautaires. De la même façon qu’il est insupportable à un enfant de ne pas connaître son histoire, il n’est pas acceptable de masquer les réalités historiques aux générations à venir. De ce point de vue là, historiens et éducateurs ont un rôle déterminent à jouer. Cette pièce est centrale, pas seulement dans la composition artistique.

 « Le Recueillement ». Un véritable luxe dans un monde en pleine effervescence. Et pourtant une absolue nécessité pour humaniser l’Histoire évoquée plus avant. Prendre le temps de la réflexion devient aussi important que celui que nous devons nous astreindre à préserver pour notre condition physique : « Mens sana in copore sano », l’adage est bien entendu transposable à la gouvernance des pays. A l’échelle d’une communauté de nations, l’absence de raisonnement pragmatique, d’humanisation des principes de gouvernance conduit à un fonctionnement stérile. Le principe démocratique est assorti d’une terrible exigence de modestie : accepter l’idée que le pouvoir n’a pas le monopole de la raison.

« La Vigilance ». C’est l’affaire de tous. Il ne s’agit pas de rester béatement réveillé à côté de sa lampe de poche ! Mais bien entendu d’être curieux, attentifs, d’avoir une conscience éthique, voire politique, d’être éveillé aux réalités du monde. L’enjeu est de taille et nous concerne tous. La vigilance exige une capacité de discernement, d’analyse, mais aussi du courage pour donner l’alerte ! Les grands hommes et femmes de l’histoire, ne sont-ils pas justement ceux qui ont osé dire la vérité, parfois à contre courant des idées ambiantes, souvent au péril de leur situation matérielle voire de leur vie. Parce qu’il est beaucoup plus facile de pervertir les idéaux que de les préserver ; tous ceux qui se sont penchés sur l’histoire de la démocratie mesurent la portée de ces exigences.

Il me plait aussi à souligner que PUVIS de CHAVANNE aurait pu être un grand ingénieur, tout comme PASTEUR aurait pu rester dans l’histoire comme un peintre de grand talent. Et de rappeler que les plus grands projets, les plus belles inventions naissent dans des esprits ouverts à la science, à la philosophie, à l’art et que c’est le sectarisme ou l’étroitesse d’esprit qui fait croire aux castes de spécialistes (mais si, vous savez bien, les « milieux autorisés » du sketch de Coluche !)

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