O Tempora! O mores! O business!

Coup de téléphone hier soir au moment du dîner « Chériiiiii, c’est orange qui veut te parler ». Depuis que ma marketteuse en chef de fille m’a fait la leçon un jour où je rembarrais vertement une baratineuse téléphonique [ooops une télévendeuse] en me faisant comprendre que c’était une personne et qui faisait son boulot et qu’il fallait la respecter, donc disais-je, je respire un grand coup, je règle mon curseur interne de tolérance à « cool » et je réponds.

« Etes-vous bien Monsieur LONGUEVILLE ? » « Etes-vous bien titulaire du contrat pour le portable 06xxxxxxxx ? » … « Monsieur LONGUEVILLE » [je le répète parce que çà me flatte qu'on m'appelle Monsieur, alors que même au boulot on m'appelle même pas Monsieur le Directeur et que dans mon association quand on m'appelle Monsieur le Président, c'est seulement une fois par an pour les AG ou pour me taquiner] donc « Monsieur LONGUEVILLE, Orange veut vous récompenser pour votre fidélité en vous offrant une remise de 10€ sur votre forfait, est-ce que çà vous intéresse ? »

Bon alors là j’hésite, parceque les récompenses c’est pas fréquent… J’ai le choix: soit je raccroche au nez de la professionnelle de la télévente, soit je prends mon mal en patience, soit je fais le niais (Comme mon copain Guillaume qui arrive même à faire craquer les Témoins de -bip -). Le curseur interne de tolérance dégringole soudainement à « çà commence à me gaver». Puis  chute au niveau « basta » lorsqu’il est question de s’engager pour un an d’abonnement supplémentaire. Comme je décline l’offre (ma correspondante doit me prendre pour un demeuré) elle me re-déroule son argumentaire à la manière d’une bande son de mise en attente téléphonique « Vous avez demandé la télévendeuse, ne quittez-pas, Vous avez demandé… », ad libitum, enfin pas tout à fait parceque je lui fais remarquer qu’elle se répète, ce à quoi elle me répond que c’est (véridique !) « pour la convivialité »

Il est temps de conclure (Le curseur interne de tolérance est à présent tordu par la butée basse sur laquelle est taguée la mention « f..k ») en expliquant que je ne prends jamais de décision instantanée qui m’engage pour an, le soir à 20h, après une journée de dur labeur, alors que j’aspire aux joies simples de la vie familiale.

 

Envoi

A l’attention de Monsieur le Directeur Commercial d’Orange. Je suis au regret de vous informer que ce type de démarche commerciale m’agace tellement que, ayant constaté qu’il était temps de renouveler mon contrat, je vais le renouveler ailleurs. Chez un autre fournisseur dont les télévendeurs vont me rappeler d’ici un an… etc.

Que cette époque est déconcertante !

J’ai beau me dire que la notion d’invention est valable autant pour les découvertes issues ex-nihilo d’un esprit prolixe que pour la réappropriation opportune d’idées, je crains que cette génération ne se contente de réinventer la roue !

 

C’est l’arrière petit-fils de bucheron qui vous parle d’une époque pas si éloignée, de gens réputés frustres et qui plantaient des arbres pour les trois générations suivantes… Couper l’un de ces arbres a été pour moi une émotion rare ! Et l’occasion de m’interroger sur ce que moi, Didier Longueville, je fais en 2009 pour les enfants de mes enfants en … 2060?.

 

La lecture de l’actualité environnementale me semble bien fade, qu’il s’agisse du « Grenelle de l’Environnement » ou de la « taxe carbonne ». Et pourtant, je mesure à l’aune des nouvelles contraintes imposées aux entreprises que ces mesures ont, enfin, un impact positif sur les processus industriels. Mais que d’inertie !

 

Alors que faire ? Mon approche consiste à convaincre les étudiants de se réapproprier une réflexion « aux limites » et de ne pas se contenter d’une approche « discrète », trop focalisée et immédiate. A cet égard, l’étude rétrospective de la constitution des réseaux ferrés en France constitue un modèle (perfectible, certainement) industriel, intégrant le souci des approvisionnements jusqu’à celui de l’élimination des déchets, intégrant le souci de la formation et de la promotion continue, jusqu’à celui de l’accompagnement des veuves d’accidentés du travail (à qui étaient prioritairement réservés des postes de garde barrière, ce qui leur garantissait un toit et un revenu) pour ne prendre que ces exmples.

 

Utopie ? Le même raisonnement s’applique malheureusement à la formation des plus grands esprits de ce pays : je me remémore une conversation avec un éminent mathématicien, directeur pendant de nombreuses années d’un institut de recherche de mathématiques et se plaignant de ce que les élèves polytechniciens (il était membre du jury) ne raisonnaient pas plus loin que la capacité de leur calculette. Je termine en vous confiant que j’étais au fond  de moi-même rouge de honte car je demandais à cet érudit de relire et corriger une présentation très simpliste d’une fonction que lui-même avait étudié dans ses moindres recoins, j’ai cité, les équations de Mathieu. Je me suis arrêté à la page 2 de sa thèse !

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