La retraite à 75 ans

Plutôt que d’attendre d’être gagné par la fatigue et l’usure du temps, le Père ROUET avait annoncé son intention de démissionner de ses fonctions (selon le protocole de l’Eglise Catholique) au lendemain de ses 75 ans. Aussi, dimanche dernier, plus de 3000 personnes se sont rassemblées pour dire officiellement au revoir au Père Albert ROUET, Archevêque du diocèse de Poitiers, qui aura été pendant 17 ans le ‘patron’ de l’Eglise catholique en Poitou.

J’utilise à dessein le qualificatif de patron, dont on sait qu’il s’applique aux dirigeants d’entreprises, comme aux saints protecteurs dont la plupart d’entre nous portons le prénom. Dans les faits, le Père ROUET était tout sauf autoritaire comme peuvent l’être des personnes investies d’une parcelle d’autorité, ou se présentant comme un modèle à suivre comme se plaisent à le faire ceux qui sont imbus d’eux même.

Sa première qualité lui a permis de prendre la mesure de la charge qui lui était réservée,  lorsqu’arrivant de Paris où il était évêque auxiliaire de Monseigneur LUSTIGER, il vint rejoindre le Père ROSIER qui allait soudainement être emporté par la maladie. Sa première qualité, c’est l’écoute. Déconcertante lorsqu’il présidait aux réunions des conseils diocésains, car il n’intervenait que pendant les dix dernières minutes, pour reprendre en une synthèse ciselée les idées émergentes, les tendances subtiles qu’il agrémentait toujours d’un trait d’humour. Cette qualité d’écoute lui a valu d’être sollicité par ceux qui ne savant plus à quelle oreille confier leurs problèmes. Et pas des moindres, car je me rappelle du désarroi des agriculteurs en pleine négociation de la PAC et de l’implication du Père ROUET dans l’établissement d’un dialogue finalement très technique.

De cette qualité découlent logiquement deux autres qualités, la collégialité et la délégation, déterminantes lorsqu’on a en charge la vie d’une communauté spirituelle, mais aussi d’employés et de budgets à gérer. Des qualités faciles à appliquer pour des projets simples, mais redoutables lorsqu’il a fallu affronter des situations graves. Et l’Eglise catholique pas plus que n’importe qu’elle communauté humaine n’est épargnée. Mais ayant su s’entourer de personnes de confiance, jouant à jeu ouvert avec ses collaborateurs, des décisions courageuses ont pu être prises et menées à terme.

Et comment ne pas évoquer le magnétisme qui opère avec les personnes douées d’une intelligence fine et accessible. Ses homélies du dimanche soir ont été assidument suivies par une foule de fans oserai je dire ! Et ses nombreux livres n’ont laissé personne indifférent, croyant ou non croyant. Ils constituent une base de réflexion solide pour quiconque veut comprendre le temps présent. Eclectique, il s’est intéressé à tout ce qui fait sens, qui participe au développement de la personne. La politique n’était pas la dernière de ses préoccupations, et le Père ROUET a toujours su se garder de la tangeanter, démontrant que même si la foi et les valeurs républicaines ne sont pas étrangères, leur articulation est l’affaire de chacun, quelque soit sa religion. 

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