Crise: effets et contre-effets

Préoccupant: la crise provoque une inquiètude légitime dans les familles. Outre un ralentissement de la consommation, la plannification des études des enfants est remise en cause. Le phénomène est encore plus sensible dans les pays où les études universitaires sont payantes… et très chères. En conséquence, les universités prévoient une désaffection pour les cycles longs. A terme, celà signifie une érosion du nombre et de la qualité des chercheurs, des enseignants, brefs des acteurs du futur de notre civilisation

Et si… pour créer un contre-effet… et si tous les musées publics ouvraient gratuitement pendant les week-ends, le temps d’un printemps: pour permettre aux plus modestes de s’ouvrir l’esprit à autre chose qu’au marasme ambiant, pour permettre à tous de sortir, de découvrir, d’apprendre, de rencontrer d’autres personnes? J’entends que les expos parisiennes rencontrent un grand succès, je ne suis donc pas dans le registre de l’utopie. Je pense qu’au contraire, ce serait une vraie décision politique. Populaire.

La fin d’un monde

Nier la fin d’un monde, c’est soit faire preuve de manque de discernement, soit faire preuve de couardise. Dans l’un et l’autre des cas, cela se traduit par un immobilisme de très mauvais alois et un conservatisme dur aux relents d’un passé peu glorieux.Or c’est bien le message véhiculé par l’UMP qui pousse l’épée dans les reins du Président de la République, je cite une dépêche AFP : « Frédéric LEFEBVRE, porte-parole de l’UMP, a souhaité lundi que la période pendant laquelle l’Etat devra aider des entreprises et encadrer la rémunération de leurs patrons “ne dure pas plus de deux ans”. ».

Car enfin, ne sommes nous pas à la fin d’un cycle engagé aux confins du XX éme siècle ? A une époque ou les pays dominants de l’Europe se sont crus tellement puissants, si insolemment dominants qu’ils se sont lancé une série de défis qui les a saignés à blanc, tant d’un point de vue humain que matériel. Les années qui suivirent ne furent QUE la reconstruction de ces pays, de leurs économies et tant bien que mal de leurs démographies. Ce faisant, la domination économique passait dans les mains des Etats-Unis, qui cumulaient le rôle de créancier et de fournisseur de biens d’équipement, imposant au passage son modèle économique. Or ce modèle vient de montrer ses limites, provoquant un séisme mondial au moins aussi impressionnant que l’explosion de la première bombe atomique.

Alors que voulons-nous ? Allons-nous suivre servilement l’ordre établi ? Allons-nous prendre en main notre destin ? Une question que s’est certainement posé Bronisław GEREMEK dans les périodes les plus dures de sa vie et une certitude pour les pères fondateurs de Communauté économique européenne. Et nous, qui ne risquons pas nos vies, qui avons un toit, qui ne connaissons pas le rationnement que ferons-nous ?

Les aides de l’état et le préservatif

Il n’est pas plus déraisonnable de penser que les aides de l’état viendront à bout de « la crise » et que le préservatif constitue la solution absolue contre le SIDA.
Il faut bien entendu parer au plus pressé et l’une et l’autre des parades mentionnées plus haut sont indispensables pour freiner ces pandémies. Nous sommes dans le registre de l’urgence. Mais dans l’une et l’autre des situations, il sera déterminent pour l’avenir de l’humanité d’engager une réflexion de fond pour éviter la répétition de ces drames. Nous sommes dans le registre de l’importance. Et lorsque l’important n’est pas traité à temps, il devient ET important ET urgent.

Pas convaincus ? Je vais vous livrer une petite confidence. J’ai eu le privilège de contribuer (humblement) au processus de développement du Ritonavir, une molécule qui entre dans la composition de la trithérapie. Les tous premiers volontaires malades qui ont reçu ce traitement ont appris incidemment pendant leur traitement (difficile pour les chercheurs de cacher leur joie de toucher au but) que la molécule était efficace. Dans les jours qui ont suivi cette fuite, certains reprenaient les rapports sexuels NON PROTEGES. CQDFD. Depuis, la lourdeur du traitement, ses effets indésirables ont tout de même convaincu le plus grand nombre de malades atteints du SIDA d’avoir des rapports protégés. Reste que le risque est grand de considérer la parade comme une solution pérenne.

Penser que le recours aux aides de l’état puisse constituer une solution viable pour le long terme, s’imaginer qu’il suffit de laisser reprendre l’activité industrielle pour que l’économie reparte relève de l’utopie. C’est très exactement ce que je lis dans la doctrine du Modem : réalisme économique comme moyen et humanisme comme moteur de vie en société.

 

Ecouter (lire), penser et parler

Merci Sylvie (GOULARD) de nous avoir livré cet éditorial de mars 2009: http://www.mouvement-europeen.eu/Edito-L-urgence-europeenne

Il reprend les mots, les bribes de phrases, de réflexions, de conversations (speed chatting!) captées ici et là auprès de gens raisonnables. Les manifestations des retombées des fautes commises par des argentiers indélicats masquent la réalité de la crise sociétale. Et le brouillage orchestré de la communication politique ne fait rien pour aider les hommes et les femmes de ce temps à penser et parler avec sagesse. Il faut avoir une sérieuse dose de courage pour parler haut et clair; Sylvie GOULARD le fait, preuve qu’il existe des enfants de la lumière dans un monde embrumé.

Pierre PUVIS de CHAVANNES, un pro Europe avant l’heure ?

Visiter un musée, c’est un peu visiter un pays. Il est bien utopique de vouloir en faire le tour dès la première visite ! J’aime à me laisser porter par l’intuition et laisser un tableau, une sculpture, une photo capter mon attention, la retenir, me retenir. De la même façon que j’aime découvrir une ville nouvelle le nez au vent au gré de mon inspiration.

Revenir dans un musée, c’est comme un retour au pays. J’y retrouve des connaissances, des paysages, des décors et des atmosphères familières. C’est aussi une opportunité de franchir le cap de la perception et de rentrer dans l’intimité d’une situation ; ou de la redécouvrir à la lumière de la sensibilité du moment.

C’est ce que j’ai ressenti face au triptyque de PUVIS de CHAVANNES « La Vigilance », « L’Histoire » et « Le Recueillement » au Musée d’ORSAY. Tout imprégné de mon désir d’Europe, j’ai eu l’impression de redécouvrir cette composition. L’œil encore frappé par la sévérité de tableaux « Le Pigeon » et « Le Ballon », témoignages puissants de situations de guerre, la douceur des trois allégories ne peut laisser insensible.

  puvis-de-chavannes

 Cette situation nous replace très exactement dans le contexte de la fondation de la Communauté Européenne. Au lendemain de la guerre, il fallait être bien utopique pour inviter les ennemis d’hier à mettre en commun leurs capacités de production guerrière. Utopiques et cependant réalistes. Plus réalistes en tout cas, que ceux qui clamaient en aout 1914 que cette guerre serait la « der des der ». Réalistes comme le sont les symboles représentés par PUVIS de CHAVANNE.

« L’Histoire », la connaissance de nos origines, des nos existences passées. De l’Histoire nait la compréhension des relations humaines, et, partant de là, des relations intercommunautaires. De la même façon qu’il est insupportable à un enfant de ne pas connaître son histoire, il n’est pas acceptable de masquer les réalités historiques aux générations à venir. De ce point de vue là, historiens et éducateurs ont un rôle déterminent à jouer. Cette pièce est centrale, pas seulement dans la composition artistique.

 « Le Recueillement ». Un véritable luxe dans un monde en pleine effervescence. Et pourtant une absolue nécessité pour humaniser l’Histoire évoquée plus avant. Prendre le temps de la réflexion devient aussi important que celui que nous devons nous astreindre à préserver pour notre condition physique : « Mens sana in copore sano », l’adage est bien entendu transposable à la gouvernance des pays. A l’échelle d’une communauté de nations, l’absence de raisonnement pragmatique, d’humanisation des principes de gouvernance conduit à un fonctionnement stérile. Le principe démocratique est assorti d’une terrible exigence de modestie : accepter l’idée que le pouvoir n’a pas le monopole de la raison.

« La Vigilance ». C’est l’affaire de tous. Il ne s’agit pas de rester béatement réveillé à côté de sa lampe de poche ! Mais bien entendu d’être curieux, attentifs, d’avoir une conscience éthique, voire politique, d’être éveillé aux réalités du monde. L’enjeu est de taille et nous concerne tous. La vigilance exige une capacité de discernement, d’analyse, mais aussi du courage pour donner l’alerte ! Les grands hommes et femmes de l’histoire, ne sont-ils pas justement ceux qui ont osé dire la vérité, parfois à contre courant des idées ambiantes, souvent au péril de leur situation matérielle voire de leur vie. Parce qu’il est beaucoup plus facile de pervertir les idéaux que de les préserver ; tous ceux qui se sont penchés sur l’histoire de la démocratie mesurent la portée de ces exigences.

Il me plait aussi à souligner que PUVIS de CHAVANNE aurait pu être un grand ingénieur, tout comme PASTEUR aurait pu rester dans l’histoire comme un peintre de grand talent. Et de rappeler que les plus grands projets, les plus belles inventions naissent dans des esprits ouverts à la science, à la philosophie, à l’art et que c’est le sectarisme ou l’étroitesse d’esprit qui fait croire aux castes de spécialistes (mais si, vous savez bien, les « milieux autorisés » du sketch de Coluche !)

Le blog d’un extrêmiste du centre


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